Claire Babet, Maitre-verrier à Chartres

A l'occasion des Journées Européennes des Métiers d'Art 2017, Sandrine Roudeix, photographe et romancière, a sillonné les routes de France pour partir à la rencontre de professionnels d'exception. Transmission, coopération, transdisciplinarité, préservation environnementale... Tous se font les ambassadeurs des liens à l'honneur pour cette 11ème édition. #SavoirFaireDuLien

Elle est sur tous les fronts. Sur les fenêtres de la cathédrale Notre-Dame de Chartres comme sur les fauteuils de la Chambre des Métiers d’Eure-et-Loir, à la présidence de l’Association des Verriers du département comme au secrétariat du club de danse de Chenonville, le petit village voisin où elle habite. Claire Babet vient me chercher à la gare en s’excusant de l’état de sa voiture – elle a croisé un chevreuil – et de ne pas avoir pu me voir la semaine précédente – elle avait une conférence à préparer pour l’ONG Business Powerwoman et pas mal de démarches à faire pour aider d’anciens employés à reprendre l’Atelier Lorin, établissement centenaire en liquidation dont elle refuse que les archives et le savoir-faire verrier disparaissent.

Sans compter ses propres chantiers, évidemment. Et en premier lieu la Cathédrale, à la restauration de laquelle elle travaille depuis presque dix-huit ans. Elle m’emmène pied au plancher comprendre l’endroit. C’est elle qui a rénové la rosace principale ainsi qu’une plus petite au-dessus de l’orgue, et près d’une vingtaine de fenêtres représentant Saint Gilles, Saint-Georges, Saint Grégoire, Saint-Pierre, Saint-Etienne, Saint-Laurent et tous leurs copains, l’énumération est longue ! Le mois prochain, elle attaquera la chapelle Saint-Piat. Mais aussi d’autres chantiers dont la collégiale Saint-Pierre-ès-Liens de Mussy-sur-Seine dans l’Aube. C’est que la dame œuvre sans arrêt, week-end compris.

« Je ris lorsqu’on me dit que j’ai de la chance de vivre ma passion comme si c’était le paradis ! D’ailleurs, je ne dirai pas que c’est de la passion, mais plutôt de l’amour. On souffre, mais on reste car on est attaché… »

Après le tour de ville, nous voilà dans l’atelier qu’elle a fait construire en pleine campagne, au beau milieu des champs de blé caractéristiques de la Beauce. Tandis qu’elle installe un vitrail de la Vierge à l’Enfant sur la verrière, elle m’explique qu’elle a très tôt su qu’elle exercerait un métier d’art. Sans savoir lequel.

Jusqu’à ce que son ancien professeur de l’école Olivier de Serres, Michel Petit, parte à la retraite et lui propose de prendre le relais. Elle ne connaissait pas le coin mais fonce bille en tête. Et trouve son bonheur à participer à la conservation et à la transmission du patrimoine historique. Etudier, peindre, découper, coller, archiver. Proposer des solutions de recomposition dans le respect des créations, en lien permanent avec les historiens, architectes, serruriers et chercheurs. Prendre soin des réalisations passées pour les rendre plus lisibles du public et des restaurateurs futurs. « Il y a tant de choses à découvrir ! », s’exclame-t-elle en diluant sa peinture jaune pour l’étaler sur la colle qui joint l’ancien vitrail au bout ajouté, avant de grimper sur une échelle. J’attrape mon appareil photo.

Texte et photographies signés Sandrine Roudeix. 

Claire Babet, Maitre-verrier à Chartres