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turned_inReportage

A l'occasion des Journées Européennes des Métiers d'Art 2017, Sandrine Roudeix, photographe et romancière, a sillonné les routes de France pour partir à la rencontre de professionnels d'exception. Transmission, coopération, transdisciplinarité, préservation environnementale... Tous se font les ambassadeurs des liens à l'honneur pour cette 11ème édition. #SavoirFaireDuLien

Il n’a jamais imaginé faire autre chose. Le bois, il est tombé dedans quand il avait quatorze ans et y a tracé toute sa vie. « C’est aussi qu’il n’y avait pas beaucoup d’autres débouchés dans la région… » remarque-t-il humblement, avant de me détailler son parcours. Treize ans chez Henriot-Pozzoli comme ouvrier qualifié. Dix-neuf chez Founchot-Ressa comme responsable du bureau d’études et de fabrication. Treize ans chez Style et Confort au même poste. Au total, Jean-Pierre Lengrand a passé cinquante et une années à travailler le bois, sans jamais quitter Liffol-le-Grand où il est né, berceau historique du siège.

Mais le vaste atelier situé au rez-de-chaussée du lycée Pierre et Marie Curie de Neufchâteau, à dix kilomètres de Liffol-le-Grand, où il m’accueille sera son dernier ancrage. Il me le confirme en souriant : A la fin de l’année, c’est la retraite ! Ce qui ne l’empêche pas de transmettre son savoir-faire à Sacha, Benjamin, Olivier, Dawn et Clément, cinq jeunes adultes en reconversion, avec la même patience et le même enthousiasme qu’à ses débuts. Tous ont l’œil qui brille. Tous semblent heureux d’être là, ultimes chanceux à être formés par ce meilleur ouvrier de France.

J’explique le principe de ma photo, en lien avec le territoire, et Jean-Pierre Lengrand me propose de m’emmener plus tard sur la route d’Epinal, près de l’ancienne gendarmerie, où l’on peut avoir une vue de la ville rehaussée de son clocher. J’accepte avec plaisir, avant de régler mon appareil pour préparer le portrait de groupe. Il décroche aussitôt une dizaine de sièges qui dentellent le grand mur de l’atelier. Là, une bergère Louis XV. Derrière, une chaise Régence et un fauteuil Chippendale. A ma droite, un siège en chêne massif qu’il vient de fabriquer pour le millénaire des fondaitions de la cathédrale de Strasbourg.

Tandis que ses élèves s’appliquent à mesurer, dessiner, calibrer et chercher la bonne configuration pour fabriquer des assises irréprochables, il leur répète ce qu’il leur a déjà dit mille fois : étudier l'ergonomie est la seule manière de comprendre les besoins d'un siège. Juste avant la solidité, la stabilité, la ligne et l’esthétique. Patiemment, il glisse de l’un à l’autre en prodiguant ses conseils de vieux sage.

C’est qu’il tient à perpétuer le geste appris il y a plus de cinquante ans. Transmettre la matière, les finitions manuelles, l’ajustage des frontons avec le rabot, les raccords… « Les gens s’étonnent toujours lorsque j’explique que je fais de la menuiserie en sièges. Comme si ça ne pouvait pas être une spécialité à leurs yeux. Comme s’il suffisait de savoir fabriquer des buffets pour créer des fauteuils… ». C’est aussi pour valoriser son métier, fruit de toute une vie, qu’il a choisi d’enseigner. Au grand bonheur de ses derniers apprentis.

Texte et photographies signés Sandrine Roudeix.

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