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turned_inReportage

A l'occasion des Journées Européennes des Métiers d'Art 2017, Sandrine Roudeix, photographe et romancière, a sillonné les routes de France pour partir à la rencontre de professionnels d'exception. Transmission, coopération, transdisciplinarité, préservation environnementale... Tous se font les ambassadeurs des liens à l'honneur pour cette 11ème édition. #SavoirFaireDuLien

Ils voulaient continuer de se former. Julie et Antoine ont créé leur association « Presse Purée » à peine sortis des Beaux-Arts de Rennes où ils se sont croisés. Si Julie, qui a passé une partie de son enfance à Madagascar où vivait son père, entretient un rapport intime à la couleur, à la peinture et à la trame, Antoine, né dans le Morbihan, m’explique qu’il est féru de dessin, en quête permanente de nouveaux supports. Une complémentarité qui leur a donné envie de travailler ensemble pour développer leurs techniques au contact d’autres artistes, tout en poursuivant leurs propres projets.

Antoine me promène en voiture du Parlement de Bretagne au parc Thabor baigné de brume, mais s’interrompt bientôt doucement : « Julie vous racontera ça mieux que moi. C’est elle qui est à l’origine de cette aventure ! » Il ralentit quand même près de la Place de la Mairie, non loin du vieux manège chahuté de bambins, pour me confier à quel point il est essentiel pour lui de partager l’art avec tous les publics. Y-compris les enfants.

Nous arrivons à l’atelier quelques minutes plus tard et Julie nous accueille justement avec Alice, sept ans. Tandis que la fillette est en train de badigeonner de mauve une toile, Julie renchérit. « On veut rendre l’art accessible. Désinhiber l’acheteur, souvent intimidé à l’idée de rentrer dans une galerie. Faire aimer les estampes à ceux qui n’en ont pas l’habitude ! ». Une conviction embrassée dès leurs premiers pas.

Au départ dans le garage de Julie en 2006, puis, un an plus tard, dans le centre d’art rennais « Le Bon Accueil » qui disposait d’une presse inutilisée. C’est là, rejointe par Loïc et Julien, que la petite bande de « Presse Purée » dessine, peint, grave, et imprime pendant dix ans. Jusqu’à son déménagement l’année dernière au « Marché Noir » où nous nous trouvons. Je fais le tour du local afin de dénicher un décor pour ma photo. Baptisé du nom du festival de microédition qu’ils ont créé en 2012 pour montrer la richesse des arts du papier en Bretagne, l’endroit est un espace ouvert aux ressources mutualisées, partagé en quatre coins distincts, qui regroupe trois autres entités passionnées de graphisme : Barbe à Papier, les Ateliers du Bourg et l’Imprimerie. Sur les étagères papillonnent des commandes en cours et des essais en projet. Julie et Antoine me tendent des tirages. Là, un photographe les a consultés pour imprimer une œuvre monumentale. Ici, c’est un architecte. Un plasticien. Une illustratrice.

Sous le regard curieux et ravi d’Alice qui la suit, Julie chemine maintenant jusqu’à la petite pièce du fond pour enduire un châssis avec une émulsion photosensible, tandis qu’Antoine me décortique le procédé. « La sérigraphie est une technique d’impression, façon pochoir perfectionné, qui superpose les couches de peinture, couleur après couleur, et aboutit à une trame ».

Je comprends que l’intérêt est de pouvoir imprimer sans limite sur tout un tas de supports dès lors qu’ils sont plans. Et d’élargir les réseaux de diffusion en vendant au public des œuvres tirées à quelques exemplaires, moins chères que des pièces uniques. Une réflexion intéressante entre produits de masse et pièces de galerie. Mais avant que je puisse creuser, l’heure du déjeuner sonne et leurs collègues improvisent un repas autour de la table de réunion. J’en profite pour inviter Julie et Antoine à poser à l’entrée avec Alice, devant un mur quadrillé de pots de peinture comme une trame géante. Clac !

Texte et photographies signés Sandrine Roudeix.

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