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turned_inReportage

A l'occasion des Journées Européennes des Métiers d'Art 2017, Sandrine Roudeix, photographe et romancière, a sillonné les routes de France pour partir à la rencontre de professionnels d'exception. Transmission, coopération, transdisciplinarité, préservation environnementale... Tous se font les ambassadeurs des liens à l'honneur pour cette 11ème édition. #SavoirFaireDuLien

Il a une voix grave au téléphone, pas un mot de plus qu’il n’en faut. Lorsque j’arrive au Cerfav de Pantin (comprendre Centre Européen de Recherches et de Formation aux Arts Verriers), Philippe Garenc m’accueille avec un accent imbibé de violette que je reconnais aussitôt. Toulousain ? Castrais. Il sourit timidement en me guidant jusqu’au comptoir à café où discutent deux garçons aux mains calleuses, tandis que je détaille le hangar tendance industriel, murs en briques, gros tuyaux en métal, passerelle en fer desservant une coursive d’ateliers, qui s’ouvre devant moi.

Il m’informe que la chaise où je viens de m’asseoir a été paramétrée, fraisée et assemblée ici en quelques minutes. Puis il me désigne du doigt une table avec cinq écrans et des écouteurs incrustés directement dans le plateau. Étonnant ! Il me prépare un thé bio équitable et je sors mon carnet.

Ce fils et petit-fils d’agriculteurs aveyronnais a grandi à Castres, étudié les Beaux-Arts puis le Multimédia à Toulouse, et passé pas mal de temps à jouer au garçon de ferme dans un élevage de canards de la région puis au berger dans les Alpes. Jusqu’à ce qu’il rencontre chez des amis une vitrailliste formée au travail du verre au Cerfav de Vannes-le-Châtel près de Nancy. C’est l’évidence ! Le moyen de réunir sa passion du dessin et de l’ouvrage in situ. Il a vingt-six ans et postule dès le lendemain.

Son idée ? Renouer avec la création en investissant la conception de vitraux. Mais à peine arrivé en Lorraine, changement de programme. Il s’oriente vers une formation plus ouverte pour un plasticien. Trois années d’études plus tard, il est diplômé, spécialisé en modelage et moulage. Et recruté dans la foulée par le Cerfav comme prof de dessin, en charge de la création d’un atelier de conception et de fabrication numérique.

Sauf que le centre de recherches mène en parallèle une réflexion pour s’implanter durablement en région parisienne. C’est en participant aux Ateliers des Possibles organisés par le CNAM en 2013 que Philippe a l’idée de proposer à quatre autres entreprises de s’associer à cette aventure autour d’un projet collaboratif baptisé « Les Arts codés ».

Je hausse un sourcil. Il s’emballe. « Les Arts codés, c’est un esprit ! Une marque ! Et un manifeste lisible sur notre site. La volonté de permettre à des petites entreprises de postuler à des marchés très spécialisés grâce à la mise en commun de savoir-faire traditionnels et numériques. » Le Cerfav en confie à Philippe la mise en œuvre. Sa mission ? Lier l’art verrier et les techniques numériques de modélisation 3D, l’artisanat et l’industrie, l’Île de France et la Lorraine.

Philippe me fait maintenant visiter le bâtiment situé au cœur de Pantin, à trois stations de la gare de l’Est et quelques battements d’ailes de la Lorraine. Nous descendons au rez-de-chaussée dans le foyer qui abrite fours à fusion, imprimantes 3D, découpe laser et ordinateurs connectés et croisons Yohann, menuisier numérique. Philippe m’explique que la particularité des objets de celui-ci est qu’on peut facilement en faire varier la hauteur, la taille et la forme à l’aide d’un simple programme.

Puis il me montre des vases imprimés en 3D et créés par la voix. Deuxième sourcil circonflexe. Il développe : « Plus on parle longtemps, plus le vase est haut. Plus on parle grave, plus il est large. » Je suis bluffée. Et m’empresse de le photographier. A quand la prise de photo par une programmation de l’œil ? Bientôt. Il est optimiste.

Texte et photographies signés Sandrine Roudeix.

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