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turned_inReportage

A l'occasion des Journées Européennes des Métiers d'Art 2017, Sandrine Roudeix, photographe et romancière, a sillonné les routes de France pour partir à la rencontre de professionnels d'exception. Transmission, coopération, transdisciplinarité, préservation environnementale... Tous se font les ambassadeurs des liens à l'honneur pour cette 11ème édition. #SavoirFaireDuLien

Elle aime travailler dehors. Sortir de son nid pour aller à la rencontre du monde. Dans la maison d’hôtes « Les Habits Neufs » où Prune Faux me retrouve à Sanary, on la sent comme chez elle. Elle tombe dans les bras de la propriétaire puis m’embrasse dans la foulée. Avant de faire le tour de la maison-boutique de Patricia Serodon où tout est à vendre. Celle-ci lui désigne aussitôt l’abat-jour en faisan de Colchide et palombe que Prune lui a confié en dépôt-vente, ainsi qu’un plastron en paon et canard sur un petit meuble en chêne vieilli ravissant.

A l’extérieur, le ciel vire tempête et Patricia nous propose de nous asseoir sur le canapé Chesterfield vintage qui domine la terrasse vue mer en attendant que les nuages s’assèchent.

Si Prune grandit à la campagne près de Toulouse, c’est à l’adolescence, lorsque ses parents décident de transformer une grande maison bourgeoise toulousaine en hôtel, qu’elle découvre la mode citadine. Son bac en poche, elle choisit de suivre un BTS stylisme modélisme à Bordeaux, mais s’y ennuie ferme. Son truc, ce sont les accessoires. Elle s’inscrit alors à Paris dans une école de mode et d’art internationale, en décidant de s’intéresser au seul métier d’art qu’elle ne connaît pas : la plumasserie. Bingo ! Le monde de la plume devient son monde et Nelly Saunier, Maître d’art plumassière rencontrée au cours de sa formation, son mentor.

Après un an d’apprentissage, elle est embauchée dans l’atelier Lemarié, leader mondial de la fabrication de fleurs artificielles et acteur incontournable de la plumasserie, mais souffre d’être cantonnée à un poste de technicienne quand elle déborde d’idées. Jusqu’à ce qu’elle soit repérée par la directrice artistique pour créer un pôle de recherches autour de la plume. Prune a enfin carte blanche pour explorer sa matière chouchou.

Mais voilà que son fiancé, ingénieur agro toulousain rencontré à Paris, hérite d’un mas et d’un champ d’oliviers à Mouriès en 2012. Changement de direction. Ils décident d’y ancrer leurs projets : un espace de fabrication d’huile d’olive et une boutique où vendre les produits dérivés pour l’un, un atelier de plumes pour l’autre. En parallèle, Prune investit une boutique collective dans les anciennes forges de Saint-Rémy où elle vend ses créations sans intermédiaire, ainsi que des lieux de vie et de passage comme la maison d’hôtes où nous séjournons aujourd’hui.

Elle tient à vendre de la main à la main. « La plume est un élément issu d’un corps vivant et je veux poursuivre la chaîne », assène-t-elle en caressant le pelage soyeux de Jack, le chien de Patricia. C’est pour ça qu’elle travaille dehors dès qu’elle le peut, le moyen de rester en contact avec la nature qui l’inspire.

Elle me montre une aigrette rapportée par un voisin chasseur et plumée par ses petits doigts, puis un serre-tête avec des plumes rares d’oiseaux de Paradis datant des années 20, avant que nous allions nous balader sur la plage de Portissol. Dans son dos, le ciel hésite encore entre soleil et nuages. « Ce qui est magique, c’est que la plume est la rencontre de deux êtres humains ! » s’enthousiasme-t-elle en jouant avec le sable mouillé. Je souris. Comme une photo.

Texte et photographies signés Sandrine Roudeix.

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